Sinek, un messager pour l'avenir

Marguerite, volontaire à PSE, raconte sa rencontre bouleversante avec Sinek, un ancien étudiant de PSE.

Sinek avec ses collègues

« Nous, on a n'a pas le temps d'apprendre, on n'est pas riche, comme toi » entend un jour Sinek alors qu'il donne un cours sur la production de la soie aux familles aidées par l'ONG dans laquelle il travaille. « Cette phrase a été un choc. Je leur ai dit que je n'étais pas riche. Je leur ai raconté mon histoire et ils ont compris. »

Aujourd'hui employé à l'Ambassade de France au Cambodge, Sinek fait partie des premiers étudiants de l'association. « Tu sais, je suis un bon ami de Leakhéna la fille de Papy et Mamie [Christian et Marie-France des Pallières, fondateurs de PSE, NDLR]. On fait partie de la première promotion de PSE tous les deux. En 1995, nous n'étions que 10 » dit-il en guise de présentation. 

Image d'archive de la décharge de Phnom Penh en 1995

Entre la décharge et l'école, une enfance pas comme les autres

Sinek est né en 1983 à Stueng Mean Chey, le quartier historique de PSE. Abritant la grande décharge de la capitale, la zone a longtemps été inexploitée et habitée uniquement par les cambodgiens les plus pauvres. 

Le jeune garçon y vit donc avec sa soeur, ses trois frères et ses parents. Leur situation familiale est compliquée, même si son père essaie de subvenir aux besoins de sa famille en travaillant comme chauffeur de taxi-moto. « Mon père gagnait entre 5 000 riels et 2$ par jour. On ne pouvait pas vivre avec ça. » Victimes du désespoir de leur père alcoolique, les enfants sont fréquemment confrontés à la violence. « Il était très violent parce qu'on était pauvre et qu'il n'avait pas d'éducation. »

Sinek abandonne l'école en CE2, malgré ses efforts pour apprendre. « Mes parents ne pouvaient pas m'aider et je n'avais pas le temps d'étudier à la maison. En CE2, je ne savais ni lire ni écrire, ce qui n'est pas normal ! » Découragé, il décide de devenir chiffonnier pour aider sa famille. « Je voulais travailler pour aider ma famille en ramassant du plastique. A l'époque, on pensait uniquement à manger. On voulait se nourrir mais aussi nourrir notre famille et les autres enfants de notre communauté. On nous disait que les études ne servaient à rien, il fallait juste manger. »

Du jour au lendemain, Sinek passe ainsi d'écolier à chiffonnier. Tous les jours, il va à la décharge de Stueng Mean Chey avec ses frères pour ramasser les ordures. Là-bas, on travaille, on mange et on survit. Sinek et ses frères ne sont évidemment pas les seuls à se rendre quotidiennement dans cet endroit infernal. Des centaines d'adultes et d'enfants viennent également dénicher les ordures pour récupérer quelques riels à la fin de la journée. Ils sont même si nombreux à venir régulièrement que le travail sur la décharge n'est pas rentable. 

« On ne gagnait pas assez avec la décharge, d'autant plus que le nombre de personnes qui travaillaient dessus augmentait tout le temps. Avec mes frères, nous avons décidé de devenir chiffonniers dans le centre ville. On arpentait les rues vingt heures par jour, de 4h du matin à minuit, mais personne ne voulait nous aider. Nous étions vus comme des voleurs alors qu'on voulait juste manger. »

En 1995, la vie de nombreux enfants bascule, dont celle de Sinek. Grâce à un couple de français, Christian et Marie-France des Pallières, l'association Pour un Sourire d'Enfant ouvre ses portes. A la même époque, sa famille fait la rencontre d'un ami de Papy et Mamie, le surnom donné au couple, qui leur parle de PSE. 

« Un de mes meilleurs souvenirs c'est le jour où j'ai vu Papy dans ma maison. Il était très grand et il m'a proposé de venir étudier à PSE. »

Mais Sinek refuse. « Mon père était mort, ma mère était seule et j'avais besoin d'aider ma famille. » Mais Papy lui explique que s'il accepte de venir à l'école, PSE aidera sa famille pour qu'il n'ait plus à travailler. 

En effet, depuis la création de l'ONG, un système de compensation de riz permet de convaincre des centaines de familles de scolariser les enfants dans l'association. Les mots de Papy le rassurent et Sinek accepte de reprendre le chemin de l'école.

PSE, un tremplin pour la vie

Avec plus de 4 ans de retard dans sa scolarité, le jeune élève intègre le programme de rattrapage de l'ONG. Grâce à cela, il comble rapidement ses lacunes. Sinek est également pris en charge par PSE en tant que pensionnaire. « Même si ma maison n'était pas loin, je pense que Papy et Mamie ont bien fait de me garder en tant que pensionnaire. Au moins à PSE je recevais l'éducation qu'il me fallait et je pouvais quand même voir ma mère à toutes les vacances. »

Pour autant, la vie n'est pas facile tous les jours. Sinek ne se rend pas compte qu'il a atterri entre de bonnes mains. « On me répétait souvent que tous les enfants sont des pousses de bambous. On nous disait qu'on allait réussir, que certains d'entre nous seraient des dirigeants. Evidemment, je n'y croyais pas, surtout que je n'aimais pas beaucoup l'école. » Mais le jeune homme ne se décourage pas. Il sait qu'il doit rester pour sa famille. 

« J'ai commencé à prendre goût à l'éducation après la 3e, quand on m'a dit que je pouvais intégrer une formation professionnelle. »

Son premier choix est d'abord l'art. Sinek veut intégrer l'Académie des Beaux-Arts mais s'y résigne quand il comprend que le secteur de la culture est très fermé. En 1997, il intègre finalement une formation de 2 ans à PSE en Secrétariat et Administration. 

Sinek (à droite), entouré de ses collègues

Cette formation lui apprend des compétences essentielles en management et lui permet de donner le meilleur de lui-même. C'est également à cette période qu'il fait ses premiers pas en entreprise, à l'aéroport de Phnom Penh. « A l'époque, il y avait beaucoup de volontaires français à PSE et je m'entendais bien avec eux. C'est l'un deux qui m'a encouragé à avoir cette expérience. » Son stage se poursuit pendant 10 mois et son responsable lui propose même de l'engager mais Sinek refuse. Il veut continuer ses études et complète alors sa formation avec une licence en Management à l'Université Royale de Phnom Penh. Une belle évolution pour un étudiant qui n'aimait pas l'école !

En 2000, une grande aventure professionnelle commence pour Sinek. De PASS (Projet d'Appui au Secteur de la Soie) à France Volontaires, en passant par Artisans d'Angkor, Avocats Sans Frontières ou encore Aide à l'Enfant Réfugié, l'ancien enfant de la décharge a choisi de consacrer sa vie aux ONG. Trilingue en khmer, français et anglais grâce à PSE et ayant reçu une bonne formation, Sinek a occupé plusieurs postes haut placés dans l'administration. Depuis août 2019, il travaille à l'Ambassade de France comme assistant administratif. 

L'éducation, un outil indispensable à la réussite

Aujourd'hui, sa famille s'en sort beaucoup mieux. Dans la fratrie, tous ont bénéficié de l'aide de PSE sauf son frère aîné qui, par choix, a préféré rester avec sa mère. Il est chauffeur de taxi-moto depuis l'adolescence. Sa soeur travaille à PSE comme assistante à l'Ecole de Gestion et Vente. Un de ses petits frères est agent de sécurité et l'autre fait de l'import-export. 

Sinek a deux enfants qu'il éduque de son mieux. « Pour moi, le plus important est qu'ils aillent à l'école. Je donne mon maximum pour qu'ils réussissent. Mon prochain objectif pour eux est de les inscrire à l'Institut Français du Cambodge pour qu'ils apprennent le français. » En effet, l'éducation a une grande signification pour Sinek. Il pense que s'il s'en sort aussi bien aujourd'hui, c'est grâce à l'expérience qu'il a pu acquérir au cours de sa vie. 

Sinek (à gauche) avec un collègue

« Les cours où l'on reste passif ne servent à rien. C'est pour ça que j'ai pris goût à l'éducation plus tad, quand j'ai pu faire des stages. » Il est d'ailleurs très reconnaissant de l'aide apportée par ce jeune volontaire français qui l'a encouragé à faire un stage à l'aéroport. Il l'est également envers Papy, qui lui a fait découvrir ses talents cachés. « Un jour, il m'a demandé d'aller vendre des calendriers périmés depuis 7 mois. Je pensais que personne ne me les achèterait et pourtant j'ai tout vendu ! » C'est aussi grâce à cette expérience que Sinek s'est dit qu'il pourrait réussir comme les autres. 

« Mes différentes expériences professionnelles m'ont aussi beaucoup appris sur la pédagogie. » Grâce à sa carrière en tant que formateur au métier de la soie, responsable de l'association Aide à l'Enfant Réfugié ou encore en sillonnant les routes du Cambodge avec Avocats Sans Frontières, Sinek a fait de nombreuses rencontres. « Tous ces échanges m'ont beaucoup fait réfléchir sur la personne que je voulais devenir, mais aussi sur l'avenir de mon pays. »

« J'aime le Cambodge, et je veux essayer de donner le meilleur pour mon pays et l'avenir de mes enfants »

Un bel exemple de réussite qui prouve toutefois que de nouveaux projets sont encore à bâtir.     

Une réussite possible grâce au parrainage

Depuis le début de leurs actions au Cambodge, Christian et Marie-France des Pallières, les fondateurs de PSE, ont fait le choix de compter sur le parrainage pour assurer la pérennité des programmes de l'association. L'engagement que nous prenons auprès des enfants est fort : nous les menons de la misère à un métier !

La prise en charge globale que nous offrons aux enfants se fait sur la durée. Nous nous engageons jusqu'au bout et ne laissons aucun enfant au bord de la route. 

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